Jour : 29 mars 2026

  • Portrait morphologique de Madame X

    Portrait morphologique de Madame X

    Madame X (Madame Pierre Gautreau), John Singer Sargent, 1884

    Quelle désinvolture chez Madame X, une femme fière, hautaine, qui s’appuie sur une table du bout du doigt, pour se donner une contenance.

    C’est une version.
    Celle que nos préjugés pourraient nous chuchoter.

    La réalité est d’un autre ordre, à la fois plus intrigante et plus complexe.

    On la décrypte grâce à la morphopsychologie, l’art de lire les traits du visage.


    Tout dans ce tableau parle d’une extrême sensibilité.
    La silhouette élancée de cette longiligne affinée évoque sa vocation existentielle : « 𝐸𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒́ 𝑚𝑜𝑛 ℎ𝑦𝑝𝑒𝑟𝑠𝑒𝑛𝑠𝑖𝑏𝑖𝑙𝑖𝑡𝑒́, 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑒𝑥𝑡𝑒́𝑟𝑖𝑒𝑢𝑟 𝑚’𝑜𝑝𝑝𝑜𝑠𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑖𝑐𝑢𝑙𝑡𝑒́𝑠 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒𝑠. 𝐸𝑛 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑒́𝑞𝑢𝑒𝑛𝑐𝑒, 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑖𝑣𝑒, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑥𝑝𝑟𝑖𝑚𝑒𝑟 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑚’𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒 𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 : 𝑚𝑎 𝑠𝑝𝑒́𝑐𝑖𝑓𝑖𝑐𝑖𝑡𝑒́ ».
    Tout est dit.
    Madame X se sent à part, différente des autres. Et ce qu’elle souhaite le plus au monde, c’est être reconnue pour et dans sa singularité.
    Pour cela, elle est prête à adopter des comportements qui tranchent, voire choquent la bonne société en cette année 1884. Virginie Gautreau a envie d’être remarquée. Le peintre portraitiste John Singer Sargent qui l’avait à l’origine représentée une bretelle négligemment tombée sur l’épaule en a payé le prix fort en perdant sa clientèle parisienne.

    Cette longiligne affinée offre par ailleurs une peau blanche, presque diaphane, témoin de sa secondarité, un mouvement instinctif de retenue qui a pour conséquence des réactions différées et une incapacité à exprimer spontanément ses ressentis. Une impression de profonde indifférence en découle, dissimulant la passion intérieure qui l’anime.

    Une autre particularité accentue son caractère introverti. Il s’agit de son bâti osseux fin et frêle, témoin de la modestie de ses réserves vitales. Elle se fatigue vite.

    Dans ce contexte réservé, deux éléments tranchent. Le nez de grande taille projeté, au modelé bossué et aux narines palpitantes qui évoque une femme aux sentiments passionnés, et son oreille rouge, comme un témoin lumineux de ses émotions aussi brûlantes que contenues.

    Nous nous faisons forcément une idée des personnes que nous rencontrons. Ce n’est pas une bonne ou une mauvaise chose. C’est un fait.

    En s’appuyant sur une clé de lecture judicieuse, la morphopsychologie oriente notre perception et notre compréhension vers la réalité des personnes.
    Madame X n’est pas hautaine. Elle protège son hypersensibilité des possibles atteintes du monde par un comportement défensif qui masque son tempérament secrètement passionné.

  • Portrait morphologique de Madame de Senonnes

    Portrait morphologique de Madame de Senonnes

    Quand psychologie rime avec Histoire et peinture ?

    Des milliers de héros de la vie quotidienne dorment sagement installés dans leur cadre. Je vous propose d’aller les réveiller avec un objectif inédit, comprendre qui étaient ces femmes et ces hommes. Grâce à ma clé de lecture des visages, j’ai des pistes à vous soumettre !

    Certaines des figures représentées sont connues. D’autres le sont moins – ou pas du tout. Comprendre d’eux ce que nous livrent leurs visages est un moyen de les atteindre dans leur contexte historique, social, professionnel, familial, …

    On est bien d’accord, il y a d’une part les apparences, la « vitrine » que nous offrons au monde, et d’autre part qui nous sommes foncièrement. L’écart n’est pas forcément immense mais suffisamment important pour que notre curiosité vienne s’y faufiler.

    Prêt pour une aventure humaine hors du commun ?? Alors suivez le guide avec ce premier portrait, celui de Madame de Senonnes.

    Madame de Senonnes est ailleurs, son regard en témoigne, ainsi que de sa pose alanguie dans un climat mélancolique.

    Nous rencontrons aujourd’hui une femme qui éprouve un profond besoin d’indépendance, d’autonomie, l’envie de faire ses propres choix, d’expérimenter des situations variées, ce qui engendre un rejet de la routine, une attirance pour un mode de vie qui lui offrirait plus de liberté, de libre-arbitre, plus d’imprévus et d’aventures. Son type morphologique, longiligne classique, en témoigne.

    Avec ce type, une dimension à tendance introvertie s’exprime également, qui accompagne une vie intérieure riche, nourrie par une rêverie dont parle son regard absent au temps présent.

    Les récepteurs finement dessinés (yeux aux paupières recouvrantes, nez, bouche) évoquent sélectivité, sensibilité, vibration au monde qui l’entoure, sur un mode discret, secret, en défense. Cette petite bouche légèrement entr’ouverte, qui offre une lèvre inférieure à la fois étroite et charnue, parle d’une façon plus gourmette que gourmande de goûter l’existence.

    Madame de Senonnes est une affective teintée de romantisme, qui vit en priorité par et pour les émotions. Expérimenter des émotions, voilà son credo. Amoureuse de l’amour, elle a payé le prix fort pour des choix audacieux pour son époque. C’est l’étage médian de son visage qui nous en parle, avec ses pommettes joliment saillantes.

    Par ailleurs, le magnifique ovale de son visage lui confère une douceur, une délicatesse, qui accompagnent une recherche d’harmonie, de conciliation, une préoccupation d’éviter, d’esquiver autant que possible les conflits qu’elle vit de façon si inconfortable.

    Sa peau, uniformément claire, évoque la secondarité (1), participe de sa nature pudique et secrète.

    Comment trouver sereinement sa place dans le monde dans ces conditions ? Comment faire cohabiter son farouche désir de liberté, sa sensibilité à fleur de peau, son insatiable désir d’éprouver des émotions, piment de son existence, son tempérament pudique et secret et son envie de satisfaire tout le monde en évitant à tout prix les frictions et désaccords ?

    Manifestement, Madame de Senonnes vit en marge d’elle-même, son énergie en partie tarie explique la nonchalance que sa posture exprime, mais aussi la tristesse et la lassitude qu’elle renvoie. Un découragement prémonitoire quant aux moments difficiles que cette femme divorcée et remariée va vivre à son retour en France (2). Une sorte d’à quoi bon magnifiquement restitué par Jean-Auguste-Dominique Ingres.


    (1) Mode de réaction où les impressions reçues ont un retentissement lent, profond et durable. https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/secondarite

    (2) Pour en savoir un peu plus sur l’histoire de Madame de Senonnes :

    https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/home/au-cur-du-musee/les-collections/le-19e-siecle/quelques-incontournables/jean-auguste-dominique-ingres.html
  • Portrait morphologique du Condottière

    Portrait morphologique du Condottière

    Une puissance au repos assortie d’une farouche détermination chez ce condottière* à l’apparence austère qui jaillit de la toile noire, éclairé par une lumière qui met en valeur une musculature tonique.

    Le bâti osseux solide, robuste, vigoureux, parle de tonicité, d’énergie, de ressort, chez cet homme qui éprouve le besoin d’agir, être en mouvement. Pas de temps mort, il avance, entreprend, met en œuvre, s’impatiente quand les choses traînent à son goût.

    La mâchoire développée, l’os mandibulaire carré, qui relèvent de l’étage instinctif, évoquent le tempérament téméraire d’un homme d’arme pragmatique qui aspire à révéler ses dispositions sur le terrain, entreprendre, élargir son territoire, en mettant sa force physique au service du combat.

    La bouche gourmande offre une lèvre inférieure proéminente, charnue, nettement plus épaisse que la lèvre supérieure. Celle-ci signe la forte libido d’un homme qui vit intensément les plaisirs physiques, ébats ou combats.

    Le menton large confirme l’implication importante de cet homme qui s’engage pleinement, se remonte volontiers les manches, participe physiquement aux situations qu’il croise. Son menton bifide (fendu en 2) accentue la dimension passionnée, tranchée. Pas de compromis, encore moins de compromission !

    Une certaine douceur vient des yeux, grands, à fleur de visage, aux commissures extérieures légèrement tombantes. Ouvert à ce qui se passe autour de lui, curieux, il balaye large, s’intéresse à toutes sortes de choses, au risque de se disperser parfois.

    Le regard assez peu expressif est celui d’une personne qui prend son mal en patience plus qu’elle ne participe à la situation présente. Manifestement, cet homme actif n’est pas particulièrement à son aise dans cette attitude immobile imposée dont il n’a guère l’habitude.

    Penchons-nous maintenant sur l’étage médian du visage, dit émotionnel/relationnel. Les pommettes saillantes suggèrent une forte attraction pour les circonstances riches en émotions. Les situations de guerre en sont truffées. Avec son nez long, fin, projeté, il est à la fois curieux des autres et prudent, sélectif. Pas question de donner spontanément sa confiance au premier venu, il lui faut des preuves, des garanties pour que la fiabilité soit de mise.

    Le teint pâle de cet homme qui vit pourtant la majorité de son temps au grand air évoque un tempérament secondaire, un caractère secret, quelqu’un qui ne fait guère état de ses ressentis et de ses émotions. Il donne une impression de froideur alors qu’au fond, il bouillonne !

    Grâce aux différents traits qui émanent de cette description, il émerge peu à peu le portrait d’un homme à la prestance imposante, au comportement souvent abrupt adossé à un tempérament ardent et combatif. Entreprenant tout en étant sur la défensive en termes de relations, il réserve ses sentiments profonds et engagés pour ceux qu’il choisit avec soin.

    *Le surnom de Condottière (chef d’armée de mercenaires en Italie au Moyen Âge) peut provenir du regard altier et de la cicatrice sur la lèvre, même si l’identité n’est pas connue. (Gabrielle Bartz et Eberhard König, Le Musée du Louvre, éditions Place des Victoires, Paris, 2005 (ISBN 3-833162089-4) p.291

    Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Condotti%C3%A8re_(Antonello_de_Messine)

  • Portrait morphologique de Madame Louis Cézard

    Portrait morphologique de Madame Louis Cézard

    Si l’habit est austère, le visage ne l’est pas. Certes Madame Cézard prend la pause, répondant à une consigne peut-être un peu conventionnelle du peintre, mais au fond elle est moins conformiste qu’elle n’en a l’air !

    Tout est long et étroit chez cette femme délicate, son visage, son cou, même s’il est en partie masqué, ses doigts. Nul doute, nous sommes en présence d’une femme longiligne, qui plus est une longiligne affinée dont la vocation existentielle bien particulière nous emmène sur une voie d’être originale « Le monde extérieur, étant donné mon hypersensibilité, m’oppose des difficultés certaines. En conséquence, toujours sur la défensive, je me dois de trouver comment exprimer ce qui m’importe le plus, ce qui fait ma singularité. »

    Programme difficile à mettre en œuvre pour une femme issue de la bourgeoisie du XIX ème siècle, de la part de qui on attendait plus de conformité aux conventions que d’originalité …*

    C’est pourtant à cela que Madame Louis Cézard aspirait, être elle-même le plus possible. Il existait bien à l’époque quelques moyens d’exprimer sa spécificité, en direction d’un art par exemple, ou en tenant un salon littéraire. Rares sont celles qui sont ainsi sorties de l’ombre.

    Une autre manière de s’éclipser d’une existence somme toute assez conventionnelle consistait à s’évader dans la rêverie. C’est probablement la voie que cette femme choisissait parfois – ou souvent… prendre de la distance à l’égard du monde pour investir un espace intérieur riche d’un imaginaire que les convenances ne contrariaient pas. Tirer parti des ressources infinies de son introversion pour inventer une autre réalité. Choisir des teintes insolites pour colorer son monde intérieur.

    Si une certaine rigueur apparaît dans son maintien, sa retenue générale, son noble port de tête, ses grands yeux étonnés au regard bleu pâle invitent à la rêverie. La chevelure ceinte d’une lourde natte et ficelée dans sa résille nous parle aussi d’une liberté sous contrainte.

    Le cadre (bâti osseux) frêle et peu tonique conjugué au teint pâle évoque un tempérament plus doux et contemplatif que dynamique et battant. Ce qui nous confirme dans l’idée d’une énergie tournée en priorité en direction d’une vie intérieure fertile.

    La finesse de ses récepteurs** l’arête du nez bien droite, les narines frémissantes, les paupières finement ourlées, l’oreille bien collée, le modelé plat (ligne droite qui borde le côté du visage), tant de traits révèlent une extrême sensibilité qui conduit cette femme à se préserver des atteintes – réelles ou supposées – du monde extérieur qui l’entoure, en choisissant avec soin ses rares confidents. La bouche au dessin délicatement sensuel parle de délicatesse, de raffinement, dans ses mots choisis avec soin comme dans son goût des belles matières dans lequel apparaît une forme de sensorialité. En témoignent le dossier confortablement capitonné du fauteuil jaune d’or sur lequel elle est assise et le châle des Indes chamarré discrètement glissé derrière son dos.

    Ce portrait nous ouvre sur la vie intérieure riche de cette femme alimentée par le besoin puissant d’être elle-même le plus possible. Celle qui portait le nom de son époux a ainsi eu l’opportunité de vivre ses rêves en tenant docilement son rôle d’épouse et de femme issue d’une bourgeoisie qui laissait peu de place à l’audace d’être soi.


    *A cet égard, je ne peux pas m’empêcher de constater que le prénom de cette femme – épouse de son mari avant tout – est passé aux oubliettes.

    **yeux, nez, bouche, oreilles

  • Portrait morphologique de Louis-François Bertin

    Portrait morphologique de Louis-François Bertin

    Une présence peu commune chez Louis-François Bertin, un colosse qui occupe la toile avec puissance, solennité et gravité.

    Cet homme à la silhouette massive, solidement campé, que rien ne semble pouvoir déstabiliser, au regard pénétrant, est un large franc et massif concentré*.

    Partons à la découverte de ce type morphologique large qui dit déjà beaucoup de son être profond.

    Sans être morphopsychologue, il ne vous échappe pas que cette silhouette offre un certain nombre de caractéristiques larges.

    Elle est charpentée, trapue, le cou est très court, le visage large, les mains comme des battoirs (sans tenir compte des doigts d’une finesse qui tranche avec la taille de la paume). En complément, le bâti osseux, le cadre du visage, est puissant, robuste, vigoureux. Cette force accompagne une énergie solide, agissante, des ressources supérieures à la moyenne en termes de capacités physiques à mener des actions, donner une impulsion de départ, se remonter les manches ici et maintenant.

    Large est une chose. Maintenant revenons sur l’adjectif concentré qui qualifie notre large. Nous parlons à présent des récepteurs (yeux, nez, bouche, oreilles). Voyez à quel point ils sont petits par rapport au bâti osseux, et comme ramassés au centre du visage. Cette finesse et cette concentration parlent de filtre, les informations sont passées au tamis fin, soigneusement sélectionnées de manière à orienter précisément ses choix et actions. Une image me vient, celle d’un entonnoir à large embouchure et fine sortie. Si cet homme « balaye large » en première intention, s’ouvre à de nombreux sujets, multiplie ses sources d’information, il cible étroitement ce qui l’intéresse et qu’il choisit de conserver. Autant dire qu’il n’est guère influençable et qu’il « trace » quand un sujet lui tient à cœur, avec autant de précision que d’obstination.

    L’étage instinctif (la partie basse du visage dont la largeur est donnée par les mâchoires) mène le bal chez cet homme de terrain entreprenant, un développeur en puissance qui exerce une forme d’autorité naturelle sur son environnement. Son énergie est particulièrement orientée vers l’action de fonder, entretenir et faire croître son territoire – réel ou symbolique. Dit autrement, chaque matin au réveil il se pose la question de savoir comment il va s’y prendre pour élargir un peu plus, déployer davantage, son terrain d’action, de jeu, d’influence.

    Une dernière chose… ce visage est clairement asymétrique, davantage que la majorité des visages. Regardez bien, la partie gauche de son visage (son hémiface gauche) est plus molle, le regard moins vif, la paupière tombante, les chairs plus lâches que la partie droite de son visage (son hémiface droite). Masquez une hémiface, puis l’autre, avec votre main, vous serez en présence de 2 hommes ! Le sujet vaste ne peut être que partiellement abordé ici mais sachez que notre gauche fait référence au passé, notre droite au présent. On peut imaginer qu’il y a eu chez cet homme une évolution significative entre l’enfance et la jeunesse, et l’actualité des années qui viennent de s’écouler. Le passé était subi, son présent est agi.

    L’Histoire dit mieux que tout la puissance de ce patron de presse « Ce personnage incarne un nouveau pouvoir, celui de la presse ; écrivain, collectionneur et journaliste, Louis-François Bertin avait fondé le Journal des Débats. Il croyait évidemment au rôle politique de la presse, et il eut la possibilité de prouver ses convictions durant la Révolution des « Trois Glorieuses » (1830). » Thibaut Allemand et Madeleine Bourgois : http://www.lmmagazine.com/blog/2012/12/12/louvre-lens/

    Et pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait_de_Monsieur_Bertin

    *à l’intention de mes lecteurs qui ont lu le portrait de Madame Cézard, celle-ci offrait un bâti osseux frêle de longiligne affinée, à l’opposé de celui de Louis-François Bertin.

  • Portrait morphologique de Luisa Vertova Agosti

    Portrait morphologique de Luisa Vertova Agosti

    Quel réalisme dans l’évocation picturale de cette femme dont les petites bouclettes blondes et les fleurs délicatement piquées au-dessus de l’oreille atténuent difficilement la sévérité et la froide détermination du regard.

    Avec son visage plus carré qu’allongé et son front redressé, Luisa Vertova Agosti relève du type large. Les habitués se souviennent que nous sommes dans un contexte de personnalité extravertie dont la vocation existentielle est « Disposer avec facilité des nombreuses ressources que le monde m’offre dans sa profusion naturelle ».

    Simultanément, nous sommes frappés par la pâleur du teint, qui signe la secondarité* de cette femme animée par un principe de précaution. Elle a besoin de temps pour évaluer les situations, s’offrir le temps de réagir, de mûrir ses réponses. A ce titre, elle donnait certainement à la plupart de ses interlocuteurs l’impression d’une femme imperturbable.

    Voilà un premier antagonisme notoire. Bien présente à ce qui se passe autour d’elle, intéressée par toutes sortes de sujets, pragmatique, Luisa Vertova est capable de tirer parti de toutes sortes de situations mais elle le fait sur un mode prudent, réfléchi, qui peut paraître froid.

    En troisième lieu, on remarque le front haut, développé en hauteur et en largeur, qui parle de la puissance du mental chez cette femme qui rationalise facilement les situations. Attention, je ne parle pas de son niveau d’intelligence que la morphopsychologie ne peut pas évaluer, mais de sa forme. La conjugaison de la partie courbe du haut et de la partie plate du milieu du front parle d’une part d’inspiration, de créativité, et d’autre part de rigueur, de rationalisation, de planification. Un riche alliage qui parle de capacités en termes de stratégies pour atteindre ses objectifs. L’imagination ouvre de nombreuses pistes, la rigueur les assoit et structure les étapes.

    L’étage instinctif (le bas du visage) moins volumineux et plus empâté que l’étage cérébral abrite une bouche charnue, un peu molle, qui surmonte un menton de taille modeste. Plus réfléchie et astucieuse que dynamique et énergique, Luisa Vertova est ce qu’on appelle « une femme de tête », autrement dit une femme autoritaire, qui décide et dirige. Sa bouche, que l’on peut qualifier de gourmande, parle de besoins matériels dictés par un principe de plaisir développé. Cette femme n’est pas prête à renoncer à son aisance matérielle.

    Comme pour confirmer ce trait, la présence du petit menton rond et étroit révèle sa propension à s’engager de façon sélective en direction d’actions soigneusement choisies répondant précisément à ses aspirations et ses objectifs.

    Le nez – organe de la relation par excellence – est ici fin, droit et peu projeté vers l’avant. Il évoque le tempérament d’une femme qui fait passer la raison avant les sentiments, choisit ses amis avec soin, selon des critères exigeants, établit des relations sans grande tendresse.

    Dans un contexte socio-économique de grande bourgeoisie, on peut imaginer que Luisa Vertova Agosti, qui témoignait d’une personnalité clairement plus marquée que celle de son époux Gerolamo Vertova**, tenait avec habileté les cordons de la bourse du ménage. Cette « maîtresse femme » voyait grand et loin !

    * Secondarité : mode de réaction où les impressions reçues ont un retentissement lent, profond et durable. https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/secondarite

    ** « La femme du portrait serait identifiée, nous dit le cartel, à Luisa Vertova Agosti, épouse du comte Gerolamo Vertova. » https://wodka.over-blog.com/2017/09/figures-feminines-au-musee-d-arts-de-nantes.html

    Pour consulter le portrait de ce dernier, également peint par Giovanni Battista Moroni, suivez ce lien : https://www.lombardiabeniculturali.it/opere-arte/schede/3o270-00057/

  • Portrait morphologique de Jean de La Fontaine

    Portrait morphologique de Jean de La Fontaine

    Force de la carrure, densité du regard sombre et pénétrant, présence altière du nez, fermeture de la bouche. A 69 ans, Monsieur de La Fontaine témoigne d’une autorité naturelle qui s’impose auprès de ceux qu’il côtoie.

    Le bâti solide, le cou court, la silhouette que l’on devine massive, le regard présent, parlent en faveur d’un homme de type large. On sait dès lors qu’il dispose d’une importante réceptivité à l’égard de ce qui se passe autour de lui. Il s’intéresse à de multiples sujets, passe volontiers de l’un à l’autre, s’adapte aux situations et aux individus. Pragmatique, il sonde, lit entre les lignes des situations qu’il observe, accumule toutes sortes d’informations dont il aura l’usage un jour ou l’autre.

    Le large est un généraliste qui vit intensément le temps présent et fait feu de tout bois. Les multiples données qu’il récolte instinctivement sont autant d’ingrédients qu’il mêlera dans les recettes qui feront sa célébrité.

    Enfin, le type large évoque l’abondance des ressources physiques de cet homme peu fatigable, capable de déployer rapidement une grande énergie selon les situations et son inspiration.

    Mais encore…

    Quels sont les traits saillants qui attirent particulièrement notre attention dans ce visage ?

    Le nez magistral. Important par la taille tout en étant fin, long, légèrement convexe, aux narines vibrantes. L’arête du nez est bossuée et son extrémité, appelée aussi la « base », est légèrement bifide (fendue). Cette observation est importante car elle nous renseigne sur la dimension passionnée, téméraire, de Jean de La Fontaine, qui prend les choses extrêmement à cœur, ne lâche rien, voire attaque, quand ses convictions sont menacées. La base du nez « osseuse » (peu charnue) révèle une part lucide et avisée du poète qui souvent fait mouche, ne se laisse guère attendrir ni séduire. Rappelons-nous que « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » (Le Corbeau et le renard)…

    La bouche, grande d’une commissure à l’autre, offre des lèvres fines, serrées, presque pincées. Nous sommes ici face à une contradiction – ce qui n’est pas rare dans nos fonctionnements humains ! Si la grandeur de la bouche parle d’abondance dans la production orale (il avait démarré une carrière d’avocat), l’aspect serré évoque en revanche contrôle, maîtrise et sélectivité, qui se révèlent dans le choix mesuré, tactique, des mots pour véhiculer ses idées. Notre homme écrivait à ce sujet « Il est bon de parler et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés. » (L’ours et l’amateur des jardins).

    Les yeux ronds, à fleur de visage, sont grand ouverts sur le monde. Peu de choses échappent à son regard scrutateur. Cependant, un voile masque en partie le regard sous la forme de paupières recouvrantes, indices d’introspection, comme des petits volets qui permettraient de voir sans être vu, et partant, de transposer et traduire ses observations à l’aune de son intériorité.

    Le menton carré, développé, large, qui relève de l’étage instinctif, opérationnel, parle de son haut degré d’implication, vient enraciner son œuvre dans le terreau de la littérature française.

    Force, finesse et saveur de l’œuvre de Jean de La Fontaine se retrouvent dans le visage de cet homme au cadre solide et aux traits élégamment architecturés. Son intelligence fine des situations et sa lucidité ont sagement incité cet homme robuste à se tenir à l’écart de la cour royale.