Portrait morphologique de Madame de Senonnes

Quand psychologie rime avec Histoire et peinture ?

Des milliers de héros de la vie quotidienne dorment sagement installés dans leur cadre. Je vous propose d’aller les réveiller avec un objectif inédit, comprendre qui étaient ces femmes et ces hommes. Grâce à ma clé de lecture des visages, j’ai des pistes à vous soumettre !

Certaines des figures représentées sont connues. D’autres le sont moins – ou pas du tout. Comprendre d’eux ce que nous livrent leurs visages est un moyen de les atteindre dans leur contexte historique, social, professionnel, familial, …

On est bien d’accord, il y a d’une part les apparences, la « vitrine » que nous offrons au monde, et d’autre part qui nous sommes foncièrement. L’écart n’est pas forcément immense mais suffisamment important pour que notre curiosité vienne s’y faufiler.

Prêt pour une aventure humaine hors du commun ?? Alors suivez le guide avec ce premier portrait, celui de Madame de Senonnes.

Madame de Senonnes est ailleurs, son regard en témoigne, ainsi que de sa pose alanguie dans un climat mélancolique.

Nous rencontrons aujourd’hui une femme qui éprouve un profond besoin d’indépendance, d’autonomie, l’envie de faire ses propres choix, d’expérimenter des situations variées, ce qui engendre un rejet de la routine, une attirance pour un mode de vie qui lui offrirait plus de liberté, de libre-arbitre, plus d’imprévus et d’aventures. Son type morphologique, longiligne classique, en témoigne.

Avec ce type, une dimension à tendance introvertie s’exprime également, qui accompagne une vie intérieure riche, nourrie par une rêverie dont parle son regard absent au temps présent.

Les récepteurs finement dessinés (yeux aux paupières recouvrantes, nez, bouche) évoquent sélectivité, sensibilité, vibration au monde qui l’entoure, sur un mode discret, secret, en défense. Cette petite bouche légèrement entr’ouverte, qui offre une lèvre inférieure à la fois étroite et charnue, parle d’une façon plus gourmette que gourmande de goûter l’existence.

Madame de Senonnes est une affective teintée de romantisme, qui vit en priorité par et pour les émotions. Expérimenter des émotions, voilà son credo. Amoureuse de l’amour, elle a payé le prix fort pour des choix audacieux pour son époque. C’est l’étage médian de son visage qui nous en parle, avec ses pommettes joliment saillantes.

Par ailleurs, le magnifique ovale de son visage lui confère une douceur, une délicatesse, qui accompagnent une recherche d’harmonie, de conciliation, une préoccupation d’éviter, d’esquiver autant que possible les conflits qu’elle vit de façon si inconfortable.

Sa peau, uniformément claire, évoque la secondarité (1), participe de sa nature pudique et secrète.

Comment trouver sereinement sa place dans le monde dans ces conditions ? Comment faire cohabiter son farouche désir de liberté, sa sensibilité à fleur de peau, son insatiable désir d’éprouver des émotions, piment de son existence, son tempérament pudique et secret et son envie de satisfaire tout le monde en évitant à tout prix les frictions et désaccords ?

Manifestement, Madame de Senonnes vit en marge d’elle-même, son énergie en partie tarie explique la nonchalance que sa posture exprime, mais aussi la tristesse et la lassitude qu’elle renvoie. Un découragement prémonitoire quant aux moments difficiles que cette femme divorcée et remariée va vivre à son retour en France (2). Une sorte d’à quoi bon magnifiquement restitué par Jean-Auguste-Dominique Ingres.


(1) Mode de réaction où les impressions reçues ont un retentissement lent, profond et durable. https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/secondarite

(2) Pour en savoir un peu plus sur l’histoire de Madame de Senonnes :

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/home/au-cur-du-musee/les-collections/le-19e-siecle/quelques-incontournables/jean-auguste-dominique-ingres.html