Portrait morphologique de Luisa Vertova Agosti

Quel réalisme dans l’évocation picturale de cette femme dont les petites bouclettes blondes et les fleurs délicatement piquées au-dessus de l’oreille atténuent difficilement la sévérité et la froide détermination du regard.

Avec son visage plus carré qu’allongé et son front redressé, Luisa Vertova Agosti relève du type large. Les habitués se souviennent que nous sommes dans un contexte de personnalité extravertie dont la vocation existentielle est « Disposer avec facilité des nombreuses ressources que le monde m’offre dans sa profusion naturelle ».

Simultanément, nous sommes frappés par la pâleur du teint, qui signe la secondarité* de cette femme animée par un principe de précaution. Elle a besoin de temps pour évaluer les situations, s’offrir le temps de réagir, de mûrir ses réponses. A ce titre, elle donnait certainement à la plupart de ses interlocuteurs l’impression d’une femme imperturbable.

Voilà un premier antagonisme notoire. Bien présente à ce qui se passe autour d’elle, intéressée par toutes sortes de sujets, pragmatique, Luisa Vertova est capable de tirer parti de toutes sortes de situations mais elle le fait sur un mode prudent, réfléchi, qui peut paraître froid.

En troisième lieu, on remarque le front haut, développé en hauteur et en largeur, qui parle de la puissance du mental chez cette femme qui rationalise facilement les situations. Attention, je ne parle pas de son niveau d’intelligence que la morphopsychologie ne peut pas évaluer, mais de sa forme. La conjugaison de la partie courbe du haut et de la partie plate du milieu du front parle d’une part d’inspiration, de créativité, et d’autre part de rigueur, de rationalisation, de planification. Un riche alliage qui parle de capacités en termes de stratégies pour atteindre ses objectifs. L’imagination ouvre de nombreuses pistes, la rigueur les assoit et structure les étapes.

L’étage instinctif (le bas du visage) moins volumineux et plus empâté que l’étage cérébral abrite une bouche charnue, un peu molle, qui surmonte un menton de taille modeste. Plus réfléchie et astucieuse que dynamique et énergique, Luisa Vertova est ce qu’on appelle « une femme de tête », autrement dit une femme autoritaire, qui décide et dirige. Sa bouche, que l’on peut qualifier de gourmande, parle de besoins matériels dictés par un principe de plaisir développé. Cette femme n’est pas prête à renoncer à son aisance matérielle.

Comme pour confirmer ce trait, la présence du petit menton rond et étroit révèle sa propension à s’engager de façon sélective en direction d’actions soigneusement choisies répondant précisément à ses aspirations et ses objectifs.

Le nez – organe de la relation par excellence – est ici fin, droit et peu projeté vers l’avant. Il évoque le tempérament d’une femme qui fait passer la raison avant les sentiments, choisit ses amis avec soin, selon des critères exigeants, établit des relations sans grande tendresse.

Dans un contexte socio-économique de grande bourgeoisie, on peut imaginer que Luisa Vertova Agosti, qui témoignait d’une personnalité clairement plus marquée que celle de son époux Gerolamo Vertova**, tenait avec habileté les cordons de la bourse du ménage. Cette « maîtresse femme » voyait grand et loin !

* Secondarité : mode de réaction où les impressions reçues ont un retentissement lent, profond et durable. https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/secondarite

** « La femme du portrait serait identifiée, nous dit le cartel, à Luisa Vertova Agosti, épouse du comte Gerolamo Vertova. » https://wodka.over-blog.com/2017/09/figures-feminines-au-musee-d-arts-de-nantes.html

Pour consulter le portrait de ce dernier, également peint par Giovanni Battista Moroni, suivez ce lien : https://www.lombardiabeniculturali.it/opere-arte/schede/3o270-00057/