Portrait morphologique du Condottière

Une puissance au repos assortie d’une farouche détermination chez ce condottière* à l’apparence austère qui jaillit de la toile noire, éclairé par une lumière qui met en valeur une musculature tonique.

Le bâti osseux solide, robuste, vigoureux, parle de tonicité, d’énergie, de ressort, chez cet homme qui éprouve le besoin d’agir, être en mouvement. Pas de temps mort, il avance, entreprend, met en œuvre, s’impatiente quand les choses traînent à son goût.

La mâchoire développée, l’os mandibulaire carré, qui relèvent de l’étage instinctif, évoquent le tempérament téméraire d’un homme d’arme pragmatique qui aspire à révéler ses dispositions sur le terrain, entreprendre, élargir son territoire, en mettant sa force physique au service du combat.

La bouche gourmande offre une lèvre inférieure proéminente, charnue, nettement plus épaisse que la lèvre supérieure. Celle-ci signe la forte libido d’un homme qui vit intensément les plaisirs physiques, ébats ou combats.

Le menton large confirme l’implication importante de cet homme qui s’engage pleinement, se remonte volontiers les manches, participe physiquement aux situations qu’il croise. Son menton bifide (fendu en 2) accentue la dimension passionnée, tranchée. Pas de compromis, encore moins de compromission !

Une certaine douceur vient des yeux, grands, à fleur de visage, aux commissures extérieures légèrement tombantes. Ouvert à ce qui se passe autour de lui, curieux, il balaye large, s’intéresse à toutes sortes de choses, au risque de se disperser parfois.

Le regard assez peu expressif est celui d’une personne qui prend son mal en patience plus qu’elle ne participe à la situation présente. Manifestement, cet homme actif n’est pas particulièrement à son aise dans cette attitude immobile imposée dont il n’a guère l’habitude.

Penchons-nous maintenant sur l’étage médian du visage, dit émotionnel/relationnel. Les pommettes saillantes suggèrent une forte attraction pour les circonstances riches en émotions. Les situations de guerre en sont truffées. Avec son nez long, fin, projeté, il est à la fois curieux des autres et prudent, sélectif. Pas question de donner spontanément sa confiance au premier venu, il lui faut des preuves, des garanties pour que la fiabilité soit de mise.

Le teint pâle de cet homme qui vit pourtant la majorité de son temps au grand air évoque un tempérament secondaire, un caractère secret, quelqu’un qui ne fait guère état de ses ressentis et de ses émotions. Il donne une impression de froideur alors qu’au fond, il bouillonne !

Grâce aux différents traits qui émanent de cette description, il émerge peu à peu le portrait d’un homme à la prestance imposante, au comportement souvent abrupt adossé à un tempérament ardent et combatif. Entreprenant tout en étant sur la défensive en termes de relations, il réserve ses sentiments profonds et engagés pour ceux qu’il choisit avec soin.

*Le surnom de Condottière (chef d’armée de mercenaires en Italie au Moyen Âge) peut provenir du regard altier et de la cicatrice sur la lèvre, même si l’identité n’est pas connue. (Gabrielle Bartz et Eberhard König, Le Musée du Louvre, éditions Place des Victoires, Paris, 2005 (ISBN 3-833162089-4) p.291

Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Condotti%C3%A8re_(Antonello_de_Messine)