Une présence peu commune chez Louis-François Bertin, un colosse qui occupe la toile avec puissance, solennité et gravité.

Cet homme à la silhouette massive, solidement campé, que rien ne semble pouvoir déstabiliser, au regard pénétrant, est un large franc et massif concentré*.
Partons à la découverte de ce type morphologique large qui dit déjà beaucoup de son être profond.
Sans être morphopsychologue, il ne vous échappe pas que cette silhouette offre un certain nombre de caractéristiques larges.
Elle est charpentée, trapue, le cou est très court, le visage large, les mains comme des battoirs (sans tenir compte des doigts d’une finesse qui tranche avec la taille de la paume). En complément, le bâti osseux, le cadre du visage, est puissant, robuste, vigoureux. Cette force accompagne une énergie solide, agissante, des ressources supérieures à la moyenne en termes de capacités physiques à mener des actions, donner une impulsion de départ, se remonter les manches ici et maintenant.
Large est une chose. Maintenant revenons sur l’adjectif concentré qui qualifie notre large. Nous parlons à présent des récepteurs (yeux, nez, bouche, oreilles). Voyez à quel point ils sont petits par rapport au bâti osseux, et comme ramassés au centre du visage. Cette finesse et cette concentration parlent de filtre, les informations sont passées au tamis fin, soigneusement sélectionnées de manière à orienter précisément ses choix et actions. Une image me vient, celle d’un entonnoir à large embouchure et fine sortie. Si cet homme « balaye large » en première intention, s’ouvre à de nombreux sujets, multiplie ses sources d’information, il cible étroitement ce qui l’intéresse et qu’il choisit de conserver. Autant dire qu’il n’est guère influençable et qu’il « trace » quand un sujet lui tient à cœur, avec autant de précision que d’obstination.
L’étage instinctif (la partie basse du visage dont la largeur est donnée par les mâchoires) mène le bal chez cet homme de terrain entreprenant, un développeur en puissance qui exerce une forme d’autorité naturelle sur son environnement. Son énergie est particulièrement orientée vers l’action de fonder, entretenir et faire croître son territoire – réel ou symbolique. Dit autrement, chaque matin au réveil il se pose la question de savoir comment il va s’y prendre pour élargir un peu plus, déployer davantage, son terrain d’action, de jeu, d’influence.
Une dernière chose… ce visage est clairement asymétrique, davantage que la majorité des visages. Regardez bien, la partie gauche de son visage (son hémiface gauche) est plus molle, le regard moins vif, la paupière tombante, les chairs plus lâches que la partie droite de son visage (son hémiface droite). Masquez une hémiface, puis l’autre, avec votre main, vous serez en présence de 2 hommes ! Le sujet vaste ne peut être que partiellement abordé ici mais sachez que notre gauche fait référence au passé, notre droite au présent. On peut imaginer qu’il y a eu chez cet homme une évolution significative entre l’enfance et la jeunesse, et l’actualité des années qui viennent de s’écouler. Le passé était subi, son présent est agi.
L’Histoire dit mieux que tout la puissance de ce patron de presse « Ce personnage incarne un nouveau pouvoir, celui de la presse ; écrivain, collectionneur et journaliste, Louis-François Bertin avait fondé le Journal des Débats. Il croyait évidemment au rôle politique de la presse, et il eut la possibilité de prouver ses convictions durant la Révolution des « Trois Glorieuses » (1830). » Thibaut Allemand et Madeleine Bourgois : http://www.lmmagazine.com/blog/2012/12/12/louvre-lens/
Et pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait_de_Monsieur_Bertin
*à l’intention de mes lecteurs qui ont lu le portrait de Madame Cézard, celle-ci offrait un bâti osseux frêle de longiligne affinée, à l’opposé de celui de Louis-François Bertin.


