Portrait morphologique de Jean de La Fontaine

Force de la carrure, densité du regard sombre et pénétrant, présence altière du nez, fermeture de la bouche. A 69 ans, Monsieur de La Fontaine témoigne d’une autorité naturelle qui s’impose auprès de ceux qu’il côtoie.

Le bâti solide, le cou court, la silhouette que l’on devine massive, le regard présent, parlent en faveur d’un homme de type large. On sait dès lors qu’il dispose d’une importante réceptivité à l’égard de ce qui se passe autour de lui. Il s’intéresse à de multiples sujets, passe volontiers de l’un à l’autre, s’adapte aux situations et aux individus. Pragmatique, il sonde, lit entre les lignes des situations qu’il observe, accumule toutes sortes d’informations dont il aura l’usage un jour ou l’autre.

Le large est un généraliste qui vit intensément le temps présent et fait feu de tout bois. Les multiples données qu’il récolte instinctivement sont autant d’ingrédients qu’il mêlera dans les recettes qui feront sa célébrité.

Enfin, le type large évoque l’abondance des ressources physiques de cet homme peu fatigable, capable de déployer rapidement une grande énergie selon les situations et son inspiration.

Mais encore…

Quels sont les traits saillants qui attirent particulièrement notre attention dans ce visage ?

Le nez magistral. Important par la taille tout en étant fin, long, légèrement convexe, aux narines vibrantes. L’arête du nez est bossuée et son extrémité, appelée aussi la « base », est légèrement bifide (fendue). Cette observation est importante car elle nous renseigne sur la dimension passionnée, téméraire, de Jean de La Fontaine, qui prend les choses extrêmement à cœur, ne lâche rien, voire attaque, quand ses convictions sont menacées. La base du nez « osseuse » (peu charnue) révèle une part lucide et avisée du poète qui souvent fait mouche, ne se laisse guère attendrir ni séduire. Rappelons-nous que « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » (Le Corbeau et le renard)…

La bouche, grande d’une commissure à l’autre, offre des lèvres fines, serrées, presque pincées. Nous sommes ici face à une contradiction – ce qui n’est pas rare dans nos fonctionnements humains ! Si la grandeur de la bouche parle d’abondance dans la production orale (il avait démarré une carrière d’avocat), l’aspect serré évoque en revanche contrôle, maîtrise et sélectivité, qui se révèlent dans le choix mesuré, tactique, des mots pour véhiculer ses idées. Notre homme écrivait à ce sujet « Il est bon de parler et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés. » (L’ours et l’amateur des jardins).

Les yeux ronds, à fleur de visage, sont grand ouverts sur le monde. Peu de choses échappent à son regard scrutateur. Cependant, un voile masque en partie le regard sous la forme de paupières recouvrantes, indices d’introspection, comme des petits volets qui permettraient de voir sans être vu, et partant, de transposer et traduire ses observations à l’aune de son intériorité.

Le menton carré, développé, large, qui relève de l’étage instinctif, opérationnel, parle de son haut degré d’implication, vient enraciner son œuvre dans le terreau de la littérature française.

Force, finesse et saveur de l’œuvre de Jean de La Fontaine se retrouvent dans le visage de cet homme au cadre solide et aux traits élégamment architecturés. Son intelligence fine des situations et sa lucidité ont sagement incité cet homme robuste à se tenir à l’écart de la cour royale.