Catégorie : Portraits

  • Portrait morphologique d’Alexandre Dumas

    Portrait morphologique d’Alexandre Dumas

    Alexandre Dumas. Une montagne ! Pas seulement de littérature. De constitution aussi.

    Présence, jovialité, puissance, abondance et dignité émergent de cet homme solidement campé. Théodore de Banville écrivait « Il n’avait pas plus besoin d’économiser ses forces et sa vie qu’un fleuve d’économiser ses flots. »

    Le lecteur ne sera pas surpris, le type morphologique d’Alexandre Dumas est celui d’un large franc et massif malgré sa taille relativement modeste, 1m72m. Le triomphe des forces de vie apparait magistralement chez cet homme qui produisait, consommait, aimait sans compter. En témoigne le petit mot glissé à sa fille Marie Dumas « Je t’aime au-delà de tout, et même de l’amour. » Rien à ajouter !

    Dit autrement, nous sommes en présence d’un extraverti qui aspire à interagir le plus possible avec son environnement, au risque de se mettre parfois en danger car les forces d’intériorisation, indispensables pour maintenir la stabilité, sont en proportion moindre *. Cette attitude extravertie nous met également sur la voie de la fécondité qui prévaut dans son écriture, grâce au développement d’un nouveau genre littéraire, le roman-feuilleton.

    Autant dire que cette force de la nature brûlait la chandelle par les deux bouts et attendait toujours plus du concert foisonnant que la vie lui offrait en permanence. C’est dire à quel point il était exposé. Ce qui explique ses nombreux revirements de fortune.

    Mais alors me direz-vous, où se trouve le génie chez Alexandre Dumas ?

    Comme chez la plupart des êtres, la trace du talent est subtile, faite de la rencontre unique de plusieurs ingrédients. Regardons de plus près les alliages de notre homme.

    Le cadre du visage robuste, puissant, tonique – combiné à son type résolument large – parle de son besoin d’agir, de mettre en œuvre, de produire, avec énergie. Cela se confirme par l’abondance de son œuvre. « En l’espace de sept ans (1844-1850), il produit avec la collaboration d’Auguste Maquet, toutes les grandes œuvres qui assureront sa renommée. … dans l’ordre de parution : Les Trois Mousquetaires (1844), Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846), La Reine Margot (1844-1845), Vingt Ans après (1845), Une fille du Régent (1845), Le Chevalier de Maison-Rouge (1845-1846), La Dame de Montsoreau (1845-1846), Joseph Balsamo (1846-1848), Les Quarante-cinq (1847), Le Vicomte de Bragelonne (1847-1850), Le Collier de la reine (1848-1850). Son rythme de travail est effréné. « Bon jour, mauvais jour, j’écris quelque chose comme 24 000 lettres dans les vingt-quatre heures » citation de Simone Bertière dans son ouvrage Dumas et les Mousquetaires, Le Livre de Poche, 2009, p. 152 » https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Dumas

    Si les yeux sont petits en dimension et relativement rapprochés, facteur de concentration, ils sont aussi à fleur de visage, en mode veille, prêts à saisir des images inspirantes. Les paupières recouvrantes sont un indice de rêverie, à l’image de minuscules volets qui le détachent de ce qu’il ne veut pas voir.

    Le nez à la base charnue est celui d’un homme tendre, généreux, indulgent, largement mené par le cœur. Ecoutons plutôt Nadar « Grand amuseur, immense bienveillant. Tout le caractère est là de cet homme aimé et bon, si bon … qu’il ne compta jamais un seul ennemi. » Nadar – 50 photographies de ses illustres contemporains 1975 André Barret éditeur

    La bouche, relativement étroite, est pulpeuse, caractérisée par un dessin extrêmement fin. Deux mouvements émergent ici : la dilatation de la lèvre inférieure qui accompagne l’abondance et le plaisir en particulier sur le plan matériel, et la constriction de la lèvre supérieure qui évoque sélectivité et exigence (le dessin de cette lèvre est d’un finesse rare). Rapportées à son œuvre, ces deux orientations parlent respectivement de gourmandise à l’égard des mots, parlés et écrits, mais aussi de rigueur et de raffinement dans le choix de ceux-ci.

    Le modelé, qui désigne la ligne de contour du visage, est ondulé, caractérisant un tempérament jovial, conciliant, charmeur, en recherche d’harmonie. A ma connaissance sa biographie n’en fait guère état mais il est probable que dans certaines circonstance, Alexandre Dumas piquait des colères qui disparaissaient une fois le trop-plein d’énergie dépensé. La morphopsychologie nous enseigne en effet qu’un modelé doux sur un bâti tonique annonce une alternance entre rondeur et tempête.

    Parmi les 3 étages de son visage, l’instinctif (bas du visage) joue un rôle majeur. Avec lui c’est le bâtisseur qui s’incarne, le pionnier du roman d’aventure historique, le constructeur de chefs-d’œuvre de la littérature française.

    L’émotionnel-relationnel (étage médian), qui vient en deuxième position, lui confère de grandes qualités d’empathie qui lui ont notamment permis de se mettre à la place de ses personnages, de dépeindre avec tant de justesse leurs sentiments, leurs émotions, leurs bouillonnements et leurs joies, en particulier l’amitié plus forte que la mort des Trois mousquetaires.

    L’étage cérébral (le front) constitue la partie la moins large du visage de l’écrivain. Le principe d’exigence et de rigueur est présent, qui accompagne une discipline littéraire, le sens de l’analyse et le souci du détail, de la logique et de la solidité dans la succession des épisodes.

    Cet assemblage de traits, qui réunit puissance, ardeur, plaisir et exigence est l’une des clés de compréhension de ce grand homme qui nous a offert, avec une incroyable générosité d’émotions et de moyens, une œuvre magistrale.

    Laissons le dernier mot à l’historien Alain Decaux « Si l’œuvre de Dumas a donné tant de joie, c’est qu’elle a été enfantée dans la joie. En bras de chemise et en pantalon blanc, été comme hiver, de jour et de nuit, suant, soufflant, le bon géant est au travail. Il vit avec ses personnages. »


    * Par « forces d’intériorisation » nous faisons allusion au mouvement d’introversion opposé à celui de l’extraversion. En morphopsychologie et de façon très résumée, les indices de la dilatation apparaissent dans des formes pleines, rondes, courbes – à l’inverse, les indices de l’introversion se manifestent dans des formes étirées, étroites, droites.